Technologie
La Grèce interdit les réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans. La loi entre en vigueur le 1er janvier 2027
Le 23 octobre 2026, le Parlement grec a conclu de longs débats en adoptant une loi historique interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans. La loi entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Il ne s'agit pas d'une interdiction totale d'Internet, mais d'une mesure ciblée contre les algorithmes conçus pour capter l'attention des adolescents.
Qui et quoi concerne l'interdiction
La loi vise les plateformes sociales classiques : Facebook, Instagram, TikTok et Snapchat. En revanche, les applications de messagerie (WhatsApp, Viber) et les sites d'hébergement de vidéos (YouTube) sont pour l'instant considérés comme des exceptions, à condition que leur fonctionnalité principale ne réponde pas à la définition juridique stricte d'un réseau social.
L'innovation clé de la loi : la simple saisie d'une date de naissance lors de l'inscription ne suffit plus. Selon une enquête de 2025 du centre grec Safeline, 66 % des élèves du primaire et 74 % des lycéens déclarent déjà un faux âge. Pour y remédier, les plateformes sont désormais tenues de mettre en place une vérification numérique robuste de l'âge.
Des jetons numériques au lieu de passeports
La Grèce n'exigera pas des plateformes qu'elles collectent des scans de passeports, ce qui violerait le RGPD. À la place, un système de « jeton d'âge numérique » est proposé :
- L'utilisateur confirme son âge via des applications d'État comme Gov.gr Wallet ou Kids Wallet.
- La plateforme ne reçoit qu'une réponse binaire : « seuil d'âge atteint » ou « non atteint », sans accès aux données personnelles.
- La re-vérification s'appliquera également à tous les comptes existants. Si l'âge ne peut être confirmé, l'accès sera bloqué, et les parents ne pourront pas contourner ce système en accordant une « autorisation ».
Amendes et responsabilité
Le fardeau de la conformité repose sur les entreprises technologiques, et non sur les parents ou les enfants. Le contrôle s'effectuera via les mécanismes du Digital Services Act (DSA) européen. Les plateformes non conformes risquent :
- Des amendes allant jusqu'à 6 % de leur chiffre d'affaires annuel mondial.
- Des astreintes périodiques jusqu'à la résolution des violations.
- Des sanctions supplémentaires de l'autorité grecque de protection des données (HDPA) pour traitement illicite des données.
Pourquoi la loi a suscité de vifs débats
Le projet de loi a été adopté sans consensus interpartisan. Le parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie, a voté « pour », tandis que l'opposition a soulevé de sérieuses inquiétudes :
- L'alternative du PASOK : Les socialistes ont proposé un modèle plus flexible : une interdiction totale avant 13 ans et un accès limité, contrôlé par les parents, pour les 13-14 ans, afin de développer la littératie numérique.
- Les risques pour la vie privée : Une coalition de 25 organisations de défense des droits de l'homme (dont Homo Digitalis) a averti que les systèmes centralisés de vérification risquent de provoquer des fuites de données biométriques et une surveillance numérique de masse des mineurs.
- Le conflit avec l'UE : La Commission européenne a déjà demandé des clarifications, car la loi grecque pourrait fragmenter le marché unique numérique, se superposant à l'initiative paneuropéenne EU KIDS Act présentée en septembre 2026.
La Grèce devient le premier pays de l'UE à imposer une telle limite d'âge stricte dans l'espace numérique. Les plateformes ont environ deux mois jusqu'au 1er janvier 2027 pour adapter leurs systèmes. La question ultime, à laquelle seule la pratique répondra, est de savoir si la vérification technique protégera véritablement la santé mentale des enfants, ou si elle poussera simplement le trafic des adolescents vers des recoins moins réglementés et plus dangereux d'Internet.